Ce week-end je suis allé voir Michael ...
Réalisé par Antoine Fuqua et produit par la même équipe derrière Bohemian Rhapsody (2018), Michael est un film à qui on a promis un grand succès avant même sa sortie. La question qui se pose tout de suite, c'est de savoir si le film va contenter les cinéphiles et pas seulement les fans de Michael Jackson. Et disons-le tout de suite, Michael c'est du pur film fan service. Déjà, le film ne parcourt qu'une infime partie de la vie de Michael Jackson, de son enfance avec les Jackson Five, jusqu'à la sortie de l'album Bad et son incroyable Bad World Tour ... de 1969 à 1988, quoi ! Dans un premier temps, on va alors suivre ses débuts difficiles, avec un père tyrannique qui tire les ficelles à partir de l’arrière-scène. Mais très vite, le film nous montre son ascension vers la gloire, grâce à son pur génie et à travers cela, comment il arrive à s'émanciper de son père autoritaire.
C'est que Joseph Jackson (Colman Domingo) a la main lourde, ou plutôt devrais-je dire, la ceinture lourde. Et c'est le petit Michael (Jaafar Jackson, le neveu de Michael Jackson), sa poule aux œufs d'or, qui va principalement en faire les frais. Certes, Joe est un manager dur et exigeant, mais il a sorti sa famille de la pauvreté en construisant le succès des Jackson Five. La relation pour le moins compliquée entre Michael et son père sera au centre du film. On verra aussi le rôle essentiel de son avocat John Branca (Miles Teller) et de son garde du corps, avec qui il se lie d'amitié. Le film reproduit également le tournage du clip Thriller (sous la direction de "John" aka John Landis) et de la pub commerciale pour Pepsi (l'accident qui failli lui coûter la vie), deux moments clés dans la première moitié de carrière de Michael. Et bien sûr, le film insiste beaucoup sur la solitude de Michael qui n'avait pour amis que des animaux (son chimpanzé, son serpent, sa girafe et son lama).
Le récit et le montage du film est très linéaire avec peu ou pas de retours en arrière. C'est un récit chronologique, on passe d'un lieu à un autre et d'une année à une autre. On commence dans l'Indiana en 1969 avec les Jackson Five, pour finir en 1988 avec la tournée mondiale qui fait suite à l'album Bad. Etant né en 1981, je n'ai pas connu le Michael de ces années là. Et pour tout dire, je ne suis pas un grand fan de l'artiste (l'homme, c'est une autre histoire), mais je respecte énormément son talent et son immense carrière. Le film montre bien que dans les années 80, il était impossible de passer à côté de l'ouragan Michael Jackson. Mais toujours est-il que le film Michael est un biopic sans la moindre surprise et si vous avez vu Bohemian Rhapsody, c'est exactement le même schéma narratif (le trauma familial, les moments de création, les moments de doutes et la libération sur scène).
A l'image de Brian Singer pour Bohemian Rhapsody, on aurait vite fait de penser qu'Antoine Fuqua n'est qu'un "yes-man" dans tout ça ... et en vrai, c'est un peu ça. On voit tout de suite le cahier des charges imposé par les producteurs et pas la famille Jackson. Sans être déplaisant, le film nous laisse tout de même sur cette impression d'avoir vu à un pur produit marketing. Son seul intérêt, c'est peut-être que ça nous donne envie de réécouter ses disques et de revoir ses clips. Difficile de reprocher quoi que ce soit à Jaafar Jackson qui est le portrait craché de son oncle. Sa performance relève du mimétisme parfait. Et puis il y a le rôle central du père de Michael, Joe Jackson, qui est ce personnage que l'on aime tous détester. Il fallait tout le charisme de Colman Domingo pour rendre justice à ce rôle de grand méchant. Michael qui cherche à s'émanciper de son père, c'est finalement ce que j'ai le plus apprécié du film, plus que la reconstitution paresseuse du tournage des clips et des concerts.
Au final, Michael est un film qui s'adresse surtout aux fans et le spectateur lambda risque de se sentir exclu et mis sur le banc de touche. C'est trop académique, trop lisse et trop linéaire, au point où je me suis demandé, "mais où est la proposition de cinéma dans tout ça ?" On se retrouve face à un "produit" ultra formaté et sans aucune ambition artistique. Les ayants droit du film ont tout de même eu la "bonne" idée de s'arrêter à 1988, soit cinq ans avant les premières accusations d'agressions sexuelles sur des enfants, histoire de laisser les zones d’ombre, dans l’ombre justement. Michael se termine bien sur un écran noir “son histoire continue ...”, une promesse qui annonce un deuxième film couvrant l’entièreté de sa carrière, mais difficile d'imaginer que ce second film vise à faire la lumière sur les controverses. Et pourtant, malgré tous ses défauts, ou plutôt devrais-je dire, tous ses manques de qualités, Michael est loin d'être un biopic déplaisant, parce que forcement, il restera la BO (Billie Jean, Beat It, Thriller, Bad ...).